
La pratique de la géomancie serait née en Perse. Présente dans tout le bassin méditerranéen, connue des Celtes et des Romains, on la retrouve en Extrême-Orient, en Chine, en Inde, en Amérique du Sud, en Europe et en Afrique. On doit son extraordinaire expansion au monde arabe. Connue sous le nom de fâ au nord du golfe de Guinée, de sikidy à Madagascar, les Arabes l'ont nommée zarb el ram, ce qui signifie, littéralement, "frapper le sable". Cette relation à la terre est essentielle dans la pratique géomantique traditionnelle. Il s'agit de la faire parler, de lui faire révéler la part de mystère qui nous concerne et qu'elle détient. Le géomancien africain, pour "faire parler la terre", trace à même le sol quatre séries de quatre lignes de traits, qu'il efface ensuite deux par deux, pour ne garder que les derniers, révélant ainsi des nombres pairs ou impairs.
On retrouve ce même principe dans l'achilléomancie. On appelle cette opération "jet de points". En effet, les figures géomagnétiques sont constituées de séries de points, pairs ou impairs, réunis sur quatre rangs. Ailleurs, on utilise d'autres techniques, jet de cauris en Océanie, ou jet de graines en Inde, mais quels que soient les moyens utilisés, la méthode reste la même, il s'agit toujours de révéler des nombres pairs ou impairs. Dans la géomancie fû, pratiquée en Guinée, 32 contes divinatoires sont associés aux 16 figures géomantiques. Le géomancien fait appel à ces contes pour éclairer la réponse à donner au consultant. Ce lien entre figures et contes témoigne de l'importance de la part initiatique dans la pratique de la géomancie.
Comme dans le yi king et ses 64 hexagrammes, les 16 figures de la géomancie expriment l'universalité du pair et de l'impair. Ce principe mathématique, que l'on retrouve ailleurs, renvoie vers la dualité et son contraire, le rassemblement. Les géomanciens insistent, au moment du tirage, pour que le consultant garde sa question è l'esprit et la pose clairement, sans ambiguïté, de façon que la réponse des figures ne soit jamais vague. C'est à partir de ce "jet de points" que l'on crée les quatre Mères, point de départ du tirage géomantique.
Ces quatre Mères, qui représentent la terre nourricière, engendreront ensuite quatre Filles, puis Mères et Filles réunies donneront naissance è quatre Nièces qui, elles-mêmes, seront à l'origine de deux Témoins, dont on extrait ensuite le Juge, dernière figure du tirage. L'ensemble de ces figures prend place dans un système de classement par maison, le "tableau géomantique", où viennent se placer dans les 12 premières maisons et par ordre d'apparition les Mères, les Filles, puis les Nièces. Les deux Témoins et le Juge trouvent leur place tout en bas du tableau. Il est à noter que ces 12 maisons, identiques à celles que l'on trouve en astrologie, ont la même fonction. Représentant les différents domaines de la vie, elles donnent un sens particulier aux figures qui s'y trouvent. La géomancie, art de "faire parler la terre", entretient donc aussi une relation étroite avec le ciel.
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